SEP et neuroimmunologie
La plupart des neurones du corps humain sont multipolaires, ce qui veut dire qu'ils sont composés d'un corps cellulaire et de deux types de prolongements : un axone qui conduit l'influx nerveux et un ou des dendrites. Bon nombre des axones sont entourés d'une gaine de myéline, laquelle a deux grandes fonctions bien documentées, faciliter la propagation de l'influx nerveux et protéger l'axone. La sclérose en plaques se caractérise par une atteinte de la myéline et fréquemment aussi de l'axone, cette dernière atteinte jouant un rôle majeur dans l'installation et la progression du handicap neurologique.
Une atteinte axonale multifactorielle
De nombreux travaux se sont attachés à élucider les raisons de cette atteinte axonale et nous savons déjà que plusieurs mécanismes sont en cause. Pour simplifier on peut dire qu'il existe une voie où les mécanismes en cause sont liés à l'inflammation et une voie avec des mécanismes indépendants de l'inflammation.
La voie inflammatoire est connue de longue date et l'on sait que l'atteinte axonale qui en résulte peut être limitée grâce aux traitements immunomodulateurs (interféron β1a, interféron β1b et acétate de glatiramère) et immunosuppresseurs (mitoxantrone et natalizumab).
Voie non inflammatoire et myéline
La voie non inflammatoire est de découverte plus récente et garde encore bien des secrets. Des travaux allemands ont récemment montré que l'axone pouvait se détruire en dehors d'un contexte inflammatoire suite à la perte de sa gaine protectrice de myéline. Les travaux de recherche essaient de décortiquer les étapes de la destruction de l'axone afin de percer à jour les mécanismes qui sous-tendent cette atteinte de l'axone indépendante de l'inflammation.
Lors de l'édition 2009 du congrès scientifique de l'ARSEP (Association pour la recherche sur la sclérose en plaques) organisée en collaboration avec la Société Allemande de Sclérose en Plaques, il a été montré que par manipulation génétique il était possible d'obtenir une myéline anormale. En l'espace de quelques mois les souris ainsi manipulées génétiquement développent des lésions axonales importantes en l'absence d'inflammation.
Un beau défi à relever
L'atteinte axonale de la SEP est donc multifactorielle : une partie est liée à l'inflammation, une autre st indépendante de l'inflammation. Nul ne sait à ce jour lequel de ces deux mécanismes est prépondérant, s'il existe une préséance temporelle de l'un sur l'autre ou s'ils peuvent coexister. Ce qui est certain en revanche est que lorsque la perte axonale atteint un certain seuil (indépendamment du mécanisme en cause), elle entraîne l'apparition du handicap neurologique irréversible. Les chercheurs espèrent trouver des moyens de ralentir la vitesse de destruction axonale afin de retarder (et pourquoi pas empêcher complètement) l'apparition du handicap et sa progression. Beau défi à relever et Yes, we can !
Dr Jean-Claude Lemaire



